GABRIEL GUÉVRÉKIAN Jardin triangulaire, 1926-1927

Emaux de Briare
Restauré en 1989

Au moment de la commande du jardin, en 1926, Gabriel Guévrékian, collaborateur de Robert Mallet-Stevens, est un jeune architecte d’origine arménienne. Après avoir grandi à Téhéran, il se forme à Vienne avant de s’installer à Paris en 1921. Ce riche parcours culturel marque profondément l’architecte, particulièrement réceptif aux expérimentations de l’avant-garde artistique parisienne.

À l’Exposition des arts décoratifs de Paris de 1925, il présente le très remarqué Jardin d’Eau et de Lumière. Aménagé sur une parcelle triangulaire en plan incliné, Guévrékian décline le motif du triangle à travers ses bassins, ses plantations et ses parois de verre opaque, dans une composition où couleurs peintes et végétales, lumière et reflets produisent des effets visuels sans cesse renouvelés.

Passionné de jardins, Charles de Noailles remarque cette proposition moderne et commande à l’architecte l’aménagement d’une parcelle située dans le prolongement du salon des salles voûtées, en contrebas du parvis de la villa. Pour y répondre, Guévrékian puise dans les multiples références artistiques qui ont nourri son parcours.

Plusieurs historiens ont souligné la proximité de sa composition avec celle du jardin persan, caractérisé par un espace architectural cloisonné, une géométrie rigoureuse, l’importance symbolique de l’eau et une inclinaison favorisant la perspective vers l’architecture. Ici, ce principe est inversé : les lignes de fuite convergent vers la pointe ouverte du triangle qui cadre la sculpture de Jacques Lipchitz, La Joie de Vivre, placée sur un socle motorisé, et vers la mer.

Le qualificatif de « cubiste » a souvent été employé pour décrire ce jardin en raison de sa composition géométrique. Cette lecture est toutefois réductrice : sa parenté avec le cubisme réside davantage dans la multiplicité des points de vue qu’il offre. Les jeux de plans, les inclinaisons et les ruptures visuelles créent une tension spatiale qui désoriente le visiteur et perturbe la perception de l’espace. L’absence de parcours prédéfini l’invite ainsi à appréhender le jardin par le regard avant de l’expérimenter physiquement.

Un autre rapprochement peut être établi avec les recherches esthétiques de Sonia et Robert Delaunay. Fondées sur la théorie optique du contraste simultané des couleurs, elles explorent les variations de la perception induites par la juxtaposition de couleurs contrastées afin de traduire le dynamisme et le mouvement caractéristiques de la vie moderne.

Nourri par ces différentes expériences artistiques, Guévrékian compose ainsi un jardin de tensions : tensions entre le minéral et le végétal, entre les plans, les couleurs, les points de vue et la perception de l’architecture.

Contrairement aux autres espaces extérieurs de la villa imaginés par Charles, dédiés à la réception, au repos ou à la promenade, ce jardin a avant tout une fonction plastique et décorative, destinée à modifier la perception de l’architecture. Par sa forme de proue, il s’inscrit néanmoins pleinement dans la composition de la villa, qu’il ancre dans son site tout en orientant le regard et la perspective.

Ancrage

UNE INTERPRÉTATION CONTEMPORAINE DU JARDIN TRIANGULAIRE — 2026 PAYSAGE ET PÉPINIÈRES
RÉALISÉ PAR L’ENTREPRISE GUYOMAR

Notre interprétation engage trois fidélités : Fidélité à la trame de Guévrékian : sa géométrie n’est pas réécrite, elle est habitée, le damier demeure la partition, nos plantes en constituent la matière vivante.

Fidélité à l’histoire de la Villa : le jardin triangulaire y retrouve sa fonction originelle, être un laboratoire de formes, de matières et de lumière, augmentée d’une dimension nouvelle, celle du parfum.

Fidélité au territoire : Hyères, terre d’acclimatation depuis le 19e siècle, fut celle de Charles de Noailles, introducteur d’espèces. Notre sélection de plantes, toutes cultivées au sein de notre pépinière, s’inscrit dans sa lignée. Ancrage ne célèbre pas une provenance, il célèbre le lien entre la beauté, la diversité et la survie.

Agapanthe - Immortelle - Chrysanthème du Pacifique - Bulbine - Santoline - Sarriette. Six essences, six stratégies face à la sécheresse, devenues six matières optiques : l’argent du feuillage feutré réfléchit le soleil, le vernis sombre le concentre, le duvet le diffuse. La lumière n’est plus confiée à la seule mosaïque, mais à la matière vivante, qui évolue, respire et exhale.

Ancrage réaffirme ainsi le lien indéfectible entre l’architecture d’avant-garde et son environnement, et oppose, à la fragilité d’une flore unique, la résilience d’une palette végétale née de la contrainte.

Marion & Florent Guyomar
Conception, Culture et Réalisation offertes à la villa Noailles dans le cadre d’un mécénat de compétence par GUYOMAR PAYSAGE & PÉPINIÈRES – depuis 3 générations,

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