Boris Cojean
La Maison Jaune
Passons la porte de la Maison Jaune. À l’intérieur, une odeur enveloppante, du mobilier qui semble onduler, des couleurs crayeuses. Au centre de la modeste pièce, une seule chaise, inoccupée, et une large table où traînent quelques objets colorés.
Un vase en plaque de cire remplie de tournesols, une assiette qui attend le retour de son propriétaire. Comme dans un tableau inachevé, l’espace semble en suspens. Qui est l’habitant.e de cette maison de cire ?
Lentement, les surfaces se patinent, les blocs de matière s’activent au contact du soleil provençal qui réveille le parfum de la cire et fait pâlir les jaunes, les ocres et les verts sauge.
Une grande porte jaune semble donner sur une pièce mitoyenne. Elle est close.
Ressortons de cette nature morte avant de nous y perdre. Les grandes colonnes semblent déjà avoir tangué, les perspectives déformées, l’odeur enivrante.
Repassons de l’autre côté du rideau qui masque l’entrée.
La maison jaune est une interprétation narrative des peintures impressionnistes provençales, notamment du travail de Vincent Van Gogh aux alentours de 1889.
La cire naturelle est convoquée en tant que matière structurelle, moulée, en aplat et en enduction textile. J’imagine alors une pièce ornementée, comme une scène de vie qui s’inspire de larges touches de peintures colorées.
Ici, ce sont les stigmates de moulages, les traces de pinceaux sur les surfaces enduites et les cassures blanches des toiles cirées qui donneront cet aspect flou et vibrant.
La cire est aussi choisie pour son caractère éphémère et sa faculté cyclique. La matière se patine, se déforme et se fond pour donner vie à d’autres objets. C’est l’aspect non figé et inachevé qui m’inspire pour cette scénographie.
Comme une toile en cours, les objets patientent, un peu suspendus dans le temps. Une fleur sur la table qui fane nous rappellera que le tableau est vivant.