Clément Pasquier
Temps Perdu
Le Temps Perdu est une pièce immersive, à la frontière entre chambre et bureau, inspirée de la chambre de Marcel Proust et de son oeuvre «À la recherche du temps perdu» dans laquelle elle fut écrite. Un espace clos où l’immobilité devient fertile. Cet espace intime n’est pas une reconstitution, mais une interprétation mentale : celle d’un lieu figé, absorbé par le temps. La chambre est entièrement recouverte de liège projeté (sol, murs, plafond, mobilier et accessoires), jusqu’à effacer toute hiérarchie entre architecture et objets. Le liège, issu du chêne-liège est typique du bassin méditerranéen, fait ici le lien entre un imaginaire et un patrimoine. Ce matériau vernaculaire lié à des savoir-faire ancestraux ancre la pièce dans son territoire et lui fait hommage. Appliqué de manière uniforme, il transforme l’espace en un monochrome total, presque irréel. Cette uniformité altère volontairement les perceptions. La vue est brouillée par l’absence de contrastes. Le son est étouffé par les propriétés acoustiques du liège. Le toucher perd ses repères, chaque surface offrant la même sensation. Le visiteur pénètre ainsi dans un espace où les sens sont volontairement désorientés, à la manière d’un rêve. Le temps semble suspendu, figé depuis longtemps, à l’image d’un lieu oublié dans les replis du subconscient. Le Temps Perdu peut être lu comme une chambre mentale, un fragment du palais intérieur de Proust, où l’espace devient support de projection et décor psychique. L’enfermement, paradoxal, n’est ni subi ni choisi : il permet la création, donne sens à l’enfermement. À travers cette pièce, le projet interroge notre rapport au temps, à la mémoire et à la matière, en proposant une expérience sensorielle totale, silencieuse et presque fantastique.