Clément Pasquier
École de Condé
IG @clementpasquier_
Clément Pasquier a 3428 dessins sur les notes de son téléphone. Des images, des croquis, des idées qui arrivent n’importe quand, n’importe où, souvent sans raison. Son travail tourne autour des objets, des espaces, et de la façon dont on s’en sert. Chaque projet commence par deux questions : quel est le contexte ? quel est l’usage ? La forme n’est jamais un point de départ, mais une conséquence. À l’intersection de l’objet, de l’architecture intérieure et de la scénographie : observer, analyser, comprendre, rendre nécessaire. Il privilégie la justesse à l’effet, l’impact réel à l’image. Ses objets et mobiliers naissent du dessin et de la fabrication. Réutilisation, détournements, matériaux inattendus, rendre mobile ce qui ne l’était pas, faire coexister ce qui ne se croisait pas. Chaque détail est justifié. L’ornement n’est pas exclu : il est mérité
Temps Perdu
Le « Temps Perdu » est une pièce immersive inspirée de la chambre de Marcel Proust, lieu clos où l’écrivain vécut, travailla, mangea et écrivit une grande partie de À la recherche du temps perdu. Dans son appartement parisien, Proust se retirait dans cette chambre comme dans un espace nécessaire, presque vital. Il y trouvait les conditions d’une immobilité fertile : un retrait du monde qui rendait possible l’écriture, l’attention et la création.
Présentée à la villa Noailles, l’installation amène Proust dans un lieu qu’il n’a jamais connu, mais dont le nom lui était familier. Proche d’Anna de Noailles, figure littéraire majeure de son époque, Proust appartenait à un monde intellectuel et mondain qui résonne avec celui du jeune couple Charles et Marie-Laure de Noailles. La pièce fait ainsi dialoguer deux espaces : la chambre close d’un écrivain et une villa moderne pensée comme un lieu d’art, de vie et de création.
Proust avait fait tapisser les murs de sa chambre de plaques de liège afin de mieux s’isoler du bruit, du froid et de l’extérieur.
Ici, ce matériau devient le point de départ d’un geste artistique : prélever symboliquement le liège de cette chambre pour l’étendre à l’ensemble d’un espace. Sols, murs, plafond, mobilier, objets et accessoires sont enveloppés d’une même matière composée de liège, de plâtre et d’alginate, développée à partir de déchets de sciage industriel.
Projetée sur toutes les surfaces, cette matière fige la pièce dans une continuité monochrome et efface les hiérarchies entre architecture, mobilier et décor. La plupart des éléments sont des meubles du XXe siècle, récupérés, chinés ou donnés : lit, bureau, assises et objets domestiques reprennent certaines typologies de la chambre de Proust. Recouverts de la même matière, ils deviennent les fragments d’un environnement mental.
Les seules pièces dessinées spécifiquement pour l’installation sont les appliques murales. Elles reprennent, en négatif, le dessin des appliques de Robert Mallet-Stevens présentes dans la villa Noailles. Rendues mobiles et recouvertes de liège, elles révèlent par rétroéclairage la finesse du grain et de la matière.
L’installation engage une expérience sensorielle globale. La lumière est basse, les contrastes sont réduits, les sons sont absorbés, les repères visuels et tactiles se troublent. Un parfum végétal a été composé autour du chêne-liège, accompagné d’odeurs liées à la madeleine et à la tisane, comme des clins d’œil à l’univers proustien.
Le Temps Perdu propose ainsi une pièce silencieuse, enveloppante et presque irréelle, où le temps semble ralenti. L’espace devient à la fois chambre, bureau, décor psychique et matière de souvenir : un lieu où l’immobilité, loin d’être une absence de mouvement, devient une condition d’apparition des sensations.
AVEC LE SOUTIEN DE
ALLIANCE DU LIN ET DU CHANVRE EUROPÉENS
CODIMAT COLLECTION - CARPET SOCIETY
SOLIEGE
CAROLE CALVEZ PARFUMEUSE
ET DESIGNER OLFACTIF