Mathilde Garcia

Mathilde Garcia - © Villa Noailles Hyères
France

École Supérieure d’Art et de Design de Saint-Étienne
IG @mathilde__garcia

Mathilde Garcia est une designeuse basée à Saint-Étienne et diplômée de l’École d’art et de design de Saint-Étienne en 2022. Son travail explore les zones de tension de l’histoire du design qui ont fait débat ou rejet. Elle s’intéresse particulièrement au décoratif et à son statut, longtemps marginalisés au profit de la fonction et de la rationalité moderniste. À partir d’objets aux usages identifiables, elle déplace leur fonction pour en révéler la dimension narrative. Résidente aux Ateliers des anciens beaux-arts de Saint-Étienne, elle cofonde en 2025 le collectif ppdesigner, au sein duquel elle développe des projets curatoriaux.

Lignes de fuite
Lignes de fuite est une série de sept objets qui s’articule autour du statut du décoratif dans le champ du design contemporain. Historiquement relégué au second plan par le modernisme, associé à l’ornement superflu et aux pratiques dites féminines, le décoratif est ici revendiqué comme un espace critique à part entière qui produit du récit et de la tension, une nécessité grandissante face à la standardisation de l’ultra-fonctionnalisme et aux injonctions de l’usage. Les objets développés présentent une fonction volontairement instable. Ils empruntent des typologies domestiques reconnaissables; vase, cabinet, globe, suitcase; tout en en perturbant l’usage. Ces objets proposent une double lecture : une première, immédiate, par la forme et la silhouette, et une seconde, plus attentive, par les détails ornementaux qui les composent. L’ornement devient alors un outil de narration, venant enrichir la perception de l’objet sans jamais le rendre totalement lisible ou strictement utilitaire.

L’ornement joue un rôle central dans ce travail. Les motifs développés reposent majoritairement sur des formes conçues à l’aide d’outils numériques vectoriels et des emojis, formes de représentation largement diffusées. Ces formes, bien que référencées à la nature ou à notre environnement direct, portent les traces visibles de leurs origines numériques. Elles révèlent la manière dont les outils contemporains modifient notre rapport au dessin, produisant des formes artificielles, répétables et transformant l’ornement en image.

Cette artificialité assumée se prolonge dans des objets qui simulent des fonctions sans les remplir pleinement. Les vases, par exemple, n’accueillent pas de fleurs vivantes, mais tout au plus des fleurs artificielles, affirmant leur statut d’objets décoratifs autonomes. Certains intègrent des fonctions annexes ou contradictoires, telles que des porte-étagères, brouillant la hiérarchie entre usage et représentation. D’autres dissocient clairement structure et surface, comme le vase Ace dont la « peau » est mise à distance, accentuant la séparation entre forme perçue et fonction supposée. Les matériaux employés; chêne ancien, médium, acétate, éléments industriels standardisés; sont choisis pour leur charge symbolique autant que pour leur matérialité. Le chêne, issu des anciennes solives de la caserne de Sully, vieux de plus de 200 ans, entre en dialogue avec des technologies contemporaines telles que l’impression 3D, elles-mêmes héritières de logiques ornementales issues de la Renaissance. Ce croisement temporel inscrit les objets dans une continuité historique, où passé et présent coexistent sans hiérarchie. La série se construit dans un jeu de contradictions maintenues ouvertes : entre fonction et décor, entre industrie et nature, entre héritage historique et outils numériques contemporains. Les objets ne cherchent pas à résoudre ces tensions, mais à les rendre visibles.

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